100 ans de chantiers, 100 ans de solidarité

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Aujourd’hui, les chantiers internationaux de bénévoles ont lieu un peu partout: d’un petit village en Islande jusqu’aux côtes  ensoleillées de Tanzanie. Les volontaires venant de différents pays, milieux et cultures se rassemblent pour construire ensemble: allant du mur d’un château en ruines, à la scène d’un festival solidaire, d’une cabane en bois, à leur personnalité et leurs perceptions des uns et des autres. 

En permettant cette rencontre interculturelle, en faisant tomber les préjugés et en participant à la lutte contre l’individualisme, les chantiers contribuent ainsi à la construction de la paix partout dans le monde.


Pourtant, le tout premier chantier a eu lieu près d’ici en France, il y a exactement 100 ans,  et il a fallu beaucoup de temps avant que la population locale ne perçoive les avantages de la construction de la paix.


…Un peu d’histoire

En 1920, quelques années seulement après la première guerre mondiale qui a dévasté une grande partie de la France, des jeunes Allemands, Français et Anglais ont participé au premier chantier à Esnes, une commune largement détruite près de Verdun. 


Le projet était initié par l'ingénieur suisse Pierre Cérésole, un homme pacifiste qui a beaucoup voyagé, et qui a décidé d'abandonner sa carrière d'ingénieur après avoir vu les horreurs de la première guerre mondiale afin de consacrer sa vie à la construction de la paix.


La motivation principale de ces premier·es volontaires était le fait que "les actes parlent plus que les mots" et que pour que la paix dure, il fallait aussi un travail physique intense pour essayer de reconstruire ce qui était détruit. Pendant trois mois, ils ont travaillé dans le village pour enlever de vieilles bombes, ramasser des déchets et reconstruire des tuyaux pour la communauté - sur le lieu où quelques années auparavant leurs semblables s'étaient battus.


Cependant, la haine et les stéréotypes entre les pays n’étaient pas encore oubliés : au bout de 3 mois, la mairie de la commune - influencée par les souvenirs de la guerre - annonçait que le chantier ne pourrait continuer que si les volontaires allemands s’en allaient. Ne se laissant pas influencer par les préjugés et le mépris, le groupe des volontaires ne souhaitait pas renvoyer leurs camarades chacun dans leurs pays. Les volontaires préféraient partir tou.te.s ensemble du chantier -  un geste qui témoignait de la solidarité que ces jeunes ont pu créer en quelques semaines. 

Bien que les volontaires ne parlaient pas la même langue et qu'on leur avait enseigné beaucoup de stéréotypes sur les uns et les autres pendant la guerre, ils et elles se sont engagé·es à travailler ensemble et à montrer au monde qu'il était possible de vivre ensemble en harmonie même après avoir vécu tant d'années en conflit et avoir connu tant d'horreur - une réflexion dont nous devrions nous souvenir surtout maintenant.


Pierre Cérésole continua ensuite à organiser des chantiers au sein du Service Civil International en Suisse, au Liechtenstein et même en Inde - après une rencontre avec Mahatma Gandhi en 1931.

Les destinations, les projets et le type de travail s’étaient diversifiés peu à peu. En plus des  projets de construction, d’autres visant le développement communautaire et le bien-être social ont commencé à émerger, surtout après la seconde guerre mondiale. Ainsi, les chantiers sont redevenus un outil pour rassembler les anciennes populations ennemies et pour leur apprendre à reconstruire la paix ensemble. 

De nos jours, nous pouvons trouver des chantiers avec des travaux bien diversifiés: Participation au montage d’un festival, préparation d’une fête de village, nettoyage d’une plage, plantation de riz,  toujours selon les besoins de la communauté locale! 


Au fil des années, les chantiers se sont multipliés et des associations de chantiers ont été créées partout dans le monde. 


Et nous, SJ, c’est quoi notre parcours? 

Solidarités Jeunesses est la continuité d’un mouvement historique de promotion de la paix, né en 1923. Dès le départ, celles et ceux qui portent ce projet sont convaincu·es de la nécessité de dépasser les frontières nationales, confessionnelles et culturelles, pour construire  la paix et l’entente entre les peuples – comme Pierre Cérésole et les participant·es du premier chantier.

Après la seconde guerre mondiale, le flambeau est repris par le Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP), né de la collaboration entre plusieurs associations internationales de volontariat. Il est d’abord présent en Allemagne, en Suisse et en France. Puis, au fur et à mesure, les échanges s’intensifient, le réseau international s’étoffe par l’adhésion d’associations européennes et de celles venues d’autres continents. Parallèlement, la branche française se développe et en 1956 est créée en son sein la section des jeunes du MCP qui, rapidement, va s’autonomiser et se constituer en association indépendante, reconnue dès ses débuts par le Ministère français de la Jeunesse. En 1989, sous l’effet combiné de sa laïcisation et de la distance prise avec le MCP-France, elle devient Solidarités Jeunesses, association laïque et indépendante. 


#100yearsofworkcamps (100 ans des chantiers) 

Cette année est très importante pour toutes les associations de volontariat car elle marque l’anniversaire des chantiers. 100 ans ont été un voyage incroyable - un voyage qui a permis de construire des ponts entre les cultures, d'aider les gens à surmonter leurs stéréotypes et de faire des rencontres partout dans le monde. 


Aujourd'hui, peut-être plus que jamais, il est important que chacun.e d'entre nous se souvienne de l'immense travail de construction de la paix qui se cache derrière ce mouvement et se rappelle chaque jour que ce travail est toujours en chantier. Nous devons continuer à faire ensemble pour maintenir le mouvement et construire un monde meilleur - un chantier à la fois.


C'est avec enthousiasme que nous aborderons beaucoup plus d'années de chantiers et  beaucoup plus d'anniversaires ensemble, dans la solidarité et l'unité internationale !