Combattre les violences sexistes et sexuelles, partout, tout le temps !

La prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS) ne se limite pas à connaître la loi : cela exige une transformation profonde de nos sociétés !

En 2025 et 2026, Solidarités Jeunesses a coordonné le projet F.E.V.E.R : Fostering Equality, Visibility and Empowerment for Rights avec huit partenaires internationaux : Stella (Ukraine), Volunteer Centre Skopje (Macédoine du Nord), Zavod Ambitia (Slovénie), Equaçao (Portugal), Young Researchers of Serbia (Serbie), Elix (Grèce), Concordia (France) et InformaGiovani (Italie).

Ce projet, financé par l’Union européenne via le programme Erasmus+ (KA153), a consisté en deux formations internationales permettant aux participant.e.s de partager leurs connaissances autour de ce sujet, ainsi que leurs réalités locales d’un point de vue légal et socio-culturel – participant au développement d’une conscience européenne commune autour de la lutte contre les VSS. Les participant.e.s étaient des travailleur.euse.s de jeunesse avec des parcours variés – éducateur.rice.s, sociologues, psychologues, animateur.rice.s – intéressé.e.s par la prévention des VSS et la façon dont celles-ci peuvent être traité.e.s de manière holistique. Nous avons affirmé le rôle politique de l’éducation populaire pour combattre ces violences au quotidien, dans notre travail avec les jeunes.

Pendant ces deux formations, accueillies en novembre 2025 au Centre de Beaumotte (France) puis en avril 2026 à la Casa da Juventude d’Amarante (Portugal), nous avons testé des outils abordant les stéréotypes de genre, le consentement, les privilèges, le patriarcat et la culture du viol. Ces phénomènes, qui encouragent les violences, doivent être compris et démantelés pour construire une culture d’égalité et de paix basée sur le consentement. Nous avons également travaillé sur plusieurs régulations européennes, comme la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe ou la Stratégie pour l’égalité de genre de la Commission européenne.

L’impact du projet a été particulièrement fort pour les participant.e.s. Une d’entre elles nous a par exemple confié : « Avant cette semaine, je ne pensais pas qu’il était utile de connaître mes droits car je pensais que je savais ce qui était mal. Je pensais que dénoncer un crime était simple, qu’il suffisait d’aller au commissariat et qu’ils.elles connaissaient mes droits. Cependant, j’ai réalisé que le système judiciaire ne connaît pas toujours ces éléments. J’ai réalisé que je devais en priorité connaître mes droits pour partager ces informations aux autres ».

Outre ces connaissances théoriques, cette formation a doté les participant.e.s d’une boîte à outils et les a légitimé dans leur posture d’acteur.rice.s du changement. Les outils testés permettent d'aborder la création d’un safe space, la définition de règles communes pour que chacun.e puisse être à l’aise au sein d’un collectif et le consentement dans les relations. Au niveau personnel, pour plusieurs participant.e.s, cette expérience leur a permis de gagner confiance en eux, de mettre des mots sur les violences de genre, et surtout, de découvrir quelque chose sur elles/eux-mêmes : « J’ai appris que j’étais très en colère quand les gens parlent de violence, que ça m’implique ou non. Maintenant, je veux transformer cette colère en action concrète pour promouvoir la sensibilisation et la prévention ».

Ce projet a également directement influencé les pratiques professionnelles des participant.e.s en leur faisant découvrir des méthodes de facilitations actives et participatives basées sur le jeu et l’accessibilité. Celles-ci, issues de l’éducation populaire, permettent de dépasser le tabou lié au VSS et de créer des espaces de parole sécurisants. Une participante, psychologue en Ukraine, a ainsi déclaré : « Mon but était de comprendre comment construire une culture de communication non-violente entre les enfants. J’ai mentalement adapté chaque nouvel outil que nous testions à mon contexte. J’ai déjà utilisé ces méthodes pour des médiations en contexte scolaire ». En combinant approche théorique et éducation populaire, nous avons réussi à aborder des sujets complexes de manière accessible.

Nous avons également découvert les résultats d’une grande enquête européenne, « Prevention and management of gender-based violence within youth organizations and those working in the youth sector » mené par le partenaire du projet InformaGiovani et sept autres organisations du réseau IGNet. Cette enquête a obtenu plus de 600 réponses de salarié.e.s, volontaires et bénévoles du monde associatif en Europe. Les données récoltées ont confirmé que les contextes socio-culturels de chacun.e impactent profondément la façon dont la violence est perçue. Cela confirme trois éléments : la nécessité de clarifier les procédures de signalement des violences et de mettre en œuvre des réglementations internes, et l’urgence de former les équipes pour mieux prévenir ces violences. L’étude de ces résultats nous a sensibilisé davantage à cette thématique et nous a permis d’identifier de prochaines étapes dans la construction d’une stratégie commune et européenne.

Pendant les derniers jours de la formation, Monix et Stefania ont interviewé les formatrices, Solène Leclerc (coordinatrice du projet chez Solidarités Jeunesses), Aneta Tomeckova (élue militante de SJ, sociologue de formation et formatrice) et Marine Pansu (formatrice chez ALM-Formation spécialisée en droit européen et en VSS). Voici une brève retranscription :

Comment est venue l’idée du projet F.E.V.E.R ?

Solène : L’idée vient du fait que les VSS sont profondément ancrées dans nos sociétés européennes et que les projets de volontariat, les chantiers, ne sont pas épargnés. Comme les outils existants manquent souvent d’une dimension interculturelle, notre objectif est de construire une compréhension commune de concepts comme le consentement ou le safe space, pour que le respect devienne un mot universel pour nos participant.e.s.

Pourquoi est-il important de former les travailleur.euse.s jeunesse sur ces thématiques ?

Solène : Le projet F.E.V.E.R montre à quel point les normes légales et sociales sont insuffisantes pour nous protéger contre la violence. Comme animateur.rice.s, nous avons une responsabilité politique d’utiliser l’éducation populaire pour construire une alternative. En permettant aux jeunes de dialoguer dans des espaces sécurisants, nous les aidons à voir le monde différemment. Déconstruire nos propres croyances par le dialogue est la seule façon d’empêcher les violences à leur racine.

Quelle est la valeur ajoutée de l’éducation populaire dans ce domaine et qu’est-ce que tu as découvert en travaillant sur cette formation ?

Anet : Ce projet m’a permis de comprendre qu’il était crucial de trouver un terrain d’entente pour atteindre des objectifs communs. Le pouvoir de l’éducation populaire réside dans le fait qu’il permet aux gens d’expérimenter, de tester, d’apprendre autrement. Les retours montrent que quelques jours de formation peuvent changer profondément les perspectives des participant.e.s. Nous construisons la paix un pas après l’autre, en transformant la complexité en apprentissage collectif.

As-tu un conseil à partager avec ceux qui travaillent sur ce sujet ?

Marine : D’abord, célébrer chaque pas en avant. La tâche qui nous attend est énorme, et le risque de découragement est élevé. Pour éviter de se brûler les ailes, il est crucial de célébrer quand quelqu’un.e trouve le courage de corriger un mauvais comportement. Ensuite, développer des capacités d’écoute active et sans jugement, laisser la place aux autres d’exprimer leurs besoins sans proposer des solutions immédiates. Enfin, apprendre à s’accepter et à se pardonner, car on ne peut pas toujours tout résoudre. Cela nous ramène à l’importance de célébrer chaque étape. Nous devons aussi être conscient.e.s qu’aider les autres peut soigner nos blessures personnelles, mais ça doit rester un bonus positif, pas l’objectif premier. Notre objectif reste l’autre, et pour faire cela correctement, nous devons agir avec humilité et compassion envers nous-même.

Pourquoi chercher à sensibiliser sur la culture du viol ?

Marine : La sensibilisation est essentielle pour détruire la loi du silence et de la honte imposée par la culture du viol, pour aider celles et ceux qui ont fait l’expérience de la violence à reconnaître ce qui est arrivé et à prendre soin d’eux/elles-mêmes. Parce que c’est un phénomène omniprésent et souvent invisible, un soutien spécifique est nécessaire pour identifier ces problématiques dans un environnement sécurisant. C’est seulement en faisant clairement face au problème et en cassant l’isolement que nous pourrons construire une société plus saine, plus sécurisante, et même plus sexy ! Basée sur sur le consentement et l’empathie.

A propos de l’enquête européenne menée par IGNet, que penses-tu des données récoltées et du fait qu’elles mettent en avant la contingence entre l’aspect interculturel et la survenue des VSS dans les projets collectifs interculturels ?

Anet : Ces données confirment que notre culture influence énormément notre perception de la réalité, nos réactions émotionnelles ou nos incompréhensions. Ce n’est pas surprenant de voir comment nos points de vue sont profondément ancrés dans ces racines.

Marine : Le nombre important de réponses obtenues montre que les répondants ont confiance dans leur organisation. Pour évoluer, nous devons maintenant aller du quantitatif vers la qualité, tout en garantissant la confidentialité absolue et l’existence d’espace sécurisés pour signaler les violences. Il est vital de ne pas agir seul.e, mais en collaboration avec des professionnels (des psychologues, des avocat.e.s) pour offrir un soutien holistique.

Solène : Les contextes culturels influencent beaucoup de choses. Certains gestes qui peuvent être perçus comme intrusifs, voire violents, pour certain.e.s ne le sont pas par d’autres. La solution est la prévention : définir collectivement nos règles communes au début de chaque projet aide énormément à désamorcer les conflits.


Ce projet a montré l’engagement des organisations européennes de jeunesse et des individus les composant dans lutte active contre les VSS.

Ce projet est co-financé par l’Union européenne via le programme Erasmus+ et le soutien de l’Agence nationale française (Agence du Service Civique). Il s’inscrit dans le programme annuel du réseau européen « Preventing Gender Violence Network - PGVNet » coordonné par Solidarités Jeunesses.

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